Matsyasana (Posture du poisson) 

Matsya est le premier avatar de Vishnu, la divinité de la préservation du Monde qui se manifeste à chaque fois que le dharma* est en danger.
*Le dharma, ce sont les règles universelles qui font fonctionner le monde de la meilleure manière, cela inclut bien sûr les lois cosmiques, les lois de la nature, mais également le respect des valeurs les plus élevées de l’être humain.

La légende : Un jour, Brahma, la divinité de la création eut l’intuition qu’un désastre allait arriver. Il en informa Vishnu afin de s’assurer de son aide lorsque cela se produirait. Alors que Brahma dormait très profondément, les Vedas (les textes de la connaissance sacrée) lui échappèrent. Le démon Hayagriva se dépêcha de les avaler et de les cacher au fond de l’océan.
Sans la connaissance des Vedas, le monde allait s’effondrer et Vishnu se devait d’intervenir sans tarder. Il aperçut alors le sage Satyavrata occupé à ses ablutions et se dit, je vais me transformer en poisson pour récupérer les Vedas et Satyavrata m’aidera.
En prenant de l’eau dans ses mains, le sage aperçut un tout petit poisson et avec son grand cœur, s’apprêta à le remettre à l’eau. Le poisson intervint et lui dit : « ô grand sage, si tu me jettes à l’eau maintenant, je serai dévoré par les monstres marins. Tu dois me protéger et me trouver un abri. » Satyavrata eut pitié de lui et l’installa dans un kamandalu (le pot à eau de l’ascète). Mais le lendemain, le pot était déjà devenu trop petit pour le poisson, alors le poisson demanda un récipient plus grand, qui a son tour devint aussitôt trop petit … Jusqu’à ce que le sage trouve un étang suffisamment vaste, mais ici aussi, cela devint bientôt trop petit pour le poisson. Et le sage devait trouver des espaces de plus en plus grands pour le poisson. Il s’en irrita et s’apprêta à le remettre dans l’océan. Mais le poisson lui objecta, « si tu me rejettes dans l’océan, je serai pour sûr avalé par les gigantesques créatures qui s’y trouvent. » Satyavrata se demanda alors pourquoi ce poisson était devenu aussi gros aussi vite et compris que ce n’était pas un poisson ordinaire et demanda : « Pourquoi, toi Vishnu, m’es-tu apparu sous la forme d’un poisson ? ». La divinité lui répondit qu’un Pralaya se préparait (dissolution/ fin d’une création) et que dans moins d’une semaine, l’océan allait déborder et envahir l’univers tout entier. Alors apparaîtra un grand navire. En attendant, tu devras collecter toutes les sortes de plantes, de graines et d’animaux et m’attendre. Tu devras emmener Vasuki, le roi des serpents et les sept sages (sapta Rishis, les enseignants primordiaux). Laisse-moi encore grandir pour que je devienne invincible. »
Quand le poisson se trouva suffisamment fort, il se jeta dans l’océan pour récupérer les Vedas. Hayagriva en voyant ce prodigieux poisson fut pris d’une grande peur, mais il se défendit farouchement. Cependant, le poisson divin gagna la bataille et restitua les Vedas à Brahma pour qu’il puisse conduire le nouveau cycle de création.
La prédiction du poisson se réalisa, et d’énormes vagues commencèrent à déferler sur toute la terre. Satyavrata, les sept sages, le serpent et toutes les créatures vivantes s’installèrent dans le bateau pour affronter le déluge. Comme il l’avait promis, le poisson réapparut, paré d’un manteau doré et d’une magnifique corne. Il ordonna à Satyavrata, de rattacher le bateau à sa corne avec le serpent. Le poisson guida alors toute l’arche vers le mont Himavan (la grande montagne mystique) pour les mettre en sécurité. Vishnu avait sauvé les sages, toutes les créatures vivantes et les Vedas de la destruction pour assurer le prochain cycle de création. (image – Wikipédia)

A l’aube de cette création, Satyavrata deviendra Manu, l’être humain ouvert à la connaissance de Soi  : par la pratique, le yogi intègre cette connaissance qui révèle le meilleur de ses capacités. 

Symbolisme  : la connaissance disparaît ; elle est volé par un démon : Là est peut-être la question de ce que nous faisons des connaissances, mais  également de la difficulté à accéder à ce qui est vrai en soi en raison des démons qui nous assaillent constamment. Vishnu qui se métamorphose en un petit poisson se met entre les mains d’un sage : nous nous sentons souvent « petit » et le fait de nous remettre en confiance entre les mains de la sagesse, nous permet de grandir. Le désastre est inéluctable ; ce n’est qu’à travers la dissolution d’une certaine forme du « Moi » , de l’Ego que nous pouvons renaître avec d’autres dispositions. Dans cette désintégration, tout n’est pas perdu, au contraire : la connaissance est retrouvée et donc perçue et le monde est sauvé : s’installe alors le respect du dharma (aux lois cosmiques et de la nature). Ici, il y a toutes les représentations de la nature, toutes les formes sont sacrées et à célébrer. Le poisson (la sagesse) tire le bateau grâce au serpent Vasuki qui n’est rien d’autre que le serpent cosmique, le lien entre le matériel et le spirituel. Le serpent est la représentation de ce qui peut se transformer. Le Mont Himavan ou Kalaish ou Meru sont des représentations de la libération, de l’affranchissement aux démons intérieurs. Comme dans tous les textes mythologiques hindous, le démon n’est jamais ignoré, il est toujours considéré et bien sûr combattu. Il n’est pas possible de lutter contre ses mauvais penchants si on ne les distingue pas. 

Dans la posture de Matsyasana, le centre de gravité (le ventre) est très important pour établir la confiance avec l’univers, le ventre est « porté » vers le ciel. Alors il est possible de déployer toute la cage thoracique, la région d’Anahata, le chakra du cœur (la connaissance se trouve dans le cœur). La gorge qui est la porte de la libération, de la véracité et de l’authenticité est engagée dans une grande ouverture et dans l’écoute. Sahasrara Chakra (chakra couronne) est dirigé vers la terre :  le Prana (énergie vitale) revient ainsi dans le centre, ce qui va apporter une forte sensation d’unité, d’où l’indication de cette posture pour lutter contre la « dépression » et l’anxiété. 

  • S’asseoir jambes tendues
  • Placer le bout des doigts sous les fesses.
  • Gd Inspir : étirer la colonne du bas jusqu’en haut
  • Gd Expir : laisser glisser les mains un peu plus sous fessiers, placer les coudes au sol (les coudes ne doivent pas s’écarter), former un arc avec le dos et poser la fontanelle au sol sans appuyer pour ne pas blesser les cervicales en laissant le poids reposer sur les coudes et les avant-bras. Les orteils pointent vers l’avant.
  • Laisser la cage thoracique s’ouvrir complètement si possible.
  • Rester dans la posture pendant quelques respirations (6/8).
  • Gd Inspir : ouvrir la cage thoracique et le ventre
  • Gd expir suivant : relâcher en glissant sur le sol et en s’installant en savasana
  • Refaire x3 ; la troisième fois peut être réalisé avec les jambes croisées ou en padmasana.

Concentration : 1 – le dos ;  3 – l’ouverture de la cage thoracique et du plexus solaire ; 3 –le cou (thyroïde), la nuque (parathyroïdes) ; Bien relâcher en savasana 10 respirations normales pour savourer la sensation entre chaque ronde. 

Pranayama – Il est possible de réaliser la posture en respiration complète puis de laisser faire le souffle afin de pénétrer dans le  « non souffle » de la connaissance (comme le poisson de Manasarovar) ; il est également possible dans cette posture de réaliser la respiration de SoHam et Hamsa ainsi que celle de vyana vayu. Pranayama lien

Effets : Etirement de la colonne (élimine les tensions, lombaires, thoraciques et cervicales) – Stimule la thyroïde et les parathyroïdes (qui gèrent le taux de calcium dans le sang) par une concentration de l’énergie – Ouvre la cage thoracique (augmente la capacité respiratoire ; permet de s’ouvrir à soi et aux autres) – Calme le mental – Aide à gérer les émotions – Apporte une grande sérénité et tranquillise – Bénéfique pour l’estomac, le foie et l’intestin grêle– Stimulation générale (stimule vyana vayu) – Combat la dépression – Augmente la capacité respiratoire – Action sur les chakras : svadhisthana chakra, manipura, anahata & particulièrement vishuddhi , mais aussi sahasrara : contribue à désengorger les tensions émotionnelles et énergétiques dans toute la gorge et permettre la pleine expression de soi. Augmente la capacité respiratoire – Relaxant et stimulant. Posture de réjuvénation. Avec la respiration complète, la circulation énergétique s’établit dans tout le corps et un sentiment de paix et de plénitude va progressivement s’installer.

Contre-indications : Douleurs dans les cervicales et hernie cervicale. Migraine et insomnie (à éviter le soir).

Image mise en avant : Stringfixer.com : Manu avec les sept sages dans un bateau attaché par un serpent à Matsya (en bas à gauche) ; Indra et Brahma rendent hommage à Vishnu en tant que Matsya, qui tue le démon qui se cache dans une conque. Mewar, vers 1840.

Bibliographie : « Mythe et Dieux de l’Inde », Alain Daniélou ; « Mythologie Hindoue », W.J.Wilkins

Histoire d’une posture : Matsyasana – le poisson

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