Rasas

Les « rasas » sont l’essence des émotions qui existent de façon latente psychologiquement et physiquement et qui ne demandent qu’à s’exprimer. Ce sont les émotions d’amour, de joie, d’émerveillement, de courage, de paix, de colère, de tristesse, de peur et de dégoût (haine)  La rasa sadhana des neuf émotions dans le yoga permet de mieux les comprendre pour éviter qu’elles ne nous dominent. Selon les sciences du yoga et de l’ayurveda, nos humeurs et nos émotions sont sans cesse affectées par le jeu des éléments, des sens, de la nourriture que nous ingérons, et l’énergie vitale qui nous anime. Sachant que notre système émotionnel est  l’interface des principes émotionnels, la biochimie du corps et du cerveau se trouve modifiée à chacun des ressentis émotionnels. Cela peut créer des désordres critiques et amener à des maladies graves si nous n’en ne prenons pas conscience. C’est la raison pour laquelle dans le yoga et l’ayurveda, nous trouvons de nombreux conseils pour trouver la paix, la joie ainsi qu’une nourriture saine. La pratique du yoga, de la méditation et des routines ayurvédiques sont d’une grande aide pour s’ouvrir aux émotions quelles qu’elles soient et apprendre à les ressentir, les accepter et s’en détacher. 

Evidemment les rasas sont complètement assujettis aux relations que nous entretenons avec les autres et la société en général, mais également aux expériences passées, contenues dans la mémoire. Nous avons donc besoin d’explorer ce qui nous anime pour comprendre ces liens. Si nous ne voulons pas rester l’esclave de nos émotions, la rasa sadhana nous aidera à les reconnaître, et à prendre de la distance.

Les rasas sont définies comme les énergies des émotions et les manifestations sont appelées bhavas. Par exemple, la colère se manifeste par de l’énervement, de la rage, de l’agitation, des cris, etc. Les deux phénomènes agissent en même temps. Cependant, si l’on est attentif, il se peut que nous reconnaissions la colère avant qu’elle ne devienne incontrôlable, par l’irritation intérieure qu’elle engendre et à ce stade, il est encore possible qu’elle ne fasse pas de dégâts. 

Les émotions font partie de l’expérience humaine, il ne s’agit pas de les étouffer, ce qui serait bien pire, mais de leur donner l’espace nécessaire pour les identifier et les laisser passer, un peu comme des nuages dans le ciel. Il est possible par exemple de prendre la décision de « faire le jeûne » d’un rasa pendant 1 jour ou une semaine ; par exemple, la colère, la peur, la tristesse ou le dégoût (qui est aussi la haine) : ainsi lorsque l’émotion apparaît, vous la reconnaissez et vous observez son expression dans le corps (la tension produite), ce qu’elle produit au niveau respiratoire, cela sans jugement, et finalement vous vous apercevez, qu’elle n’a plus de pouvoir sur vous. Exemple concret : vous êtes sur le route et un automobiliste vous double dans un endroit dangereux et vous fait une queue de poisson. Vous ressentez peut-être de la colère, ce qui est légitime au vu des circonstances et vous sentez de l’irritation. Cette irritation va se manifester par des injures, et vous commencez à invectiver cette personne qui depuis longtemps est loin devant vous et puis tous les autres qui ne se conduisent pas correctement sur la route et cela ne s’arrête plus, car la colère est ainsi, une fois enclenchée, c’est comme un incendie qui brûle tout. Au commencement du processus, il est intéressant de s’apercevoir que la colère et l’irritation sont présentes. A ce moment là, vous pouvez décider de la laisser vous dévorer (car cette émotion est non seulement délétère pour vous, mais elle ne résout rien) ou de la regarder  : oui je suis en colère, oui l’action de l’autre m’a énervé. Seulement je sais que me laisser aller à la colère va générer de la violence et qu’ensuite rien ne pourra être rattrapé. Je peux alors décider de reconnaître que j’ai eu peur, ou que je me suis senti agressé par l’autre (sans qu’il en soit forcément conscient ou qu’il ait même eu cette intention) ou que cela réveille de vieilles blessures narcissiques, etc. et là je reprend le pouvoir sur moi et je m’engage dans l’action au lieu de rester l’esclave de mon inconscient et de mes pulsions. La colère est liée à une souffrance ou le souvenir d’une souffrance.

Ceci peut être adapté au sentiment de tristesse par exemple  : d’où vient elle? Me pose-telle la question du sens de ma vie, etc… Si j’ai perdu une personne que j’aime par exemple, il est normal de ressentir la tristesse, le manque. Il est important de trouver du réconfort et de se faire aider si nécessaire. Toutes les émotions peuvent être ainsi interrogées.

La rasa sadhana, c’est le yoga de la vie de tous les jours. Le yoga de l’expérience. Le yoga, ce n’est pas se retirer de la vie, au contraire, c’est apprendre à s’y plonger complétement en clairvoyance, avec une grand « OUI ». Pour cela, les outils que nous expérimentons sur le tapis, dans les retraites, les stages sont d’une grande utilité, car au final , nous nous sentons soutenus dans notre démarche et nous intégrons progressivement que nous sommes absolument TOUT, le beau, le laid, etc. que les contraires ne sont plus des contraires et que nous pouvons ainsi réaliser l’unité. Prendre le temps de méditer et s’immerger dans une paix profonde nous soutient  dans chacune des actions de notre vie. L’univers, la terre sont des refuges où il est toujours possible de s’apaiser, de retrouver le silence et donc de s’ouvrir à notre cœur et au cœur universel. Là, notre vie s’en trouvera grandement simplifiée. Une sorte de « reprogrammation » ou plutôt un retour à l’origine.

 

Les rasas et le corps

Plus vous laissez un rasa « négatif » perdurer sur le long terme, plus il va s’ancrer et devenir une habitude (même de manière biochimique). L’introspection, se regarder soi-même avec détachement et sans violence est l’un des fondements du yoga (svādhyāya : étude de soi et des textes sacrés : « yoga-sutras » de Patanjali ; II-44). Reconnaitre sans jugement nos défauts comme la propension à la violence, la cupidité, la jalousie , etc. et nos qualités comme le partage, la compréhension de l’autre, etc. est extrêmement important. Car si nous connaissons la noirceur et la lumière de nos profondeurs psychiques, cela donnera la base de travail avec laquelle nous allons nous  mettre en action (et non plus en réaction).  D’ailleurs, ce qui est intéressant, c’est qu’au fur et à mesure de notre cheminement, et de la perte des illusions, nous voyons des schémas et des comportements qui nous étaient cachés!

Il y a un lien entre les éléments (Ether, Air, Feu, Eau et Terre), les doshas, (Vata, Pitta et Kapha), les Gunas (Sattva, Rajas et tamas) et les rasas. Caractéristiques des doshasGunas – Sattva & Ayurveda

Doshas

  • Vata : peur (qui peut engendrer la colère, la tristesse et le dégoût)
  • Pitta : colère
  • Kapha : tristesse, dégoût

Gunas

  • sattva : paix
  • Rajas : amour, joie, émerveillement, courage, tristesse, colère
  • Tamas : dégoût, peur

 

Nourriture, respiration, chakras, sens & rasas

La nourriture affecte le système émotionnel, car selon la qualité et le type d’aliment régulièrement ingéré, telle ou telle émotion peut être exacerbée. Par exemple, avec l’acidité des tomates,  de la viande, de l’alcool, des yaourts, des agrumes, des produits fermentés et du sucre en quantité, génère les conflits. Il irrite et alimente la colère. Cela ne veut pas dire qu’il faut se passer du goût acide, mais si on est sujet aux conflits, colères, irritations, il est important de considérer sa consommation. Alimentation & Ayurveda

L’énergie vitale et la respiration sont totalement en lien avec les émotions. Lorsque vous ressentez une émotion comme la peur par exemple, essayez de vous connecter à votre respiration et vous vous apercevrez que celle-ci devient très oppressée. En prenant des respirations lentes et profondes, la peur va petit à petit desserrer son étau. Laisser les émotions prendre le dessus ou essayer de les ignorer prend énormément d’énergie. Avec la fatigue, il sera alors encore plus difficile de comprendre ce qui se passe. 

Chacun des chakras est le lieu de différentes énergies qui affectent à la fois psychiquement et physiquement. Le flux énergétique à travers les différents exercices de yoga, asanas, respiration, relaxation, méditation, mantra etc. va se rétablir et se dilater, affaiblissant ainsi les résistances, les nœuds et les tensions  pour trouver l’équilibre qui amène à l’apaisement.

  • Chakra racine, muladhara chakra : le lieu de la stabilité, de la matérialisation, le lien profond avec la terre et ses créatures,  sentiment de sécurité, mais aussi du sentiment d’insécurité, de déconnexion d’avec la réalité et l’instabilité.
  • Chakra sacré, svadhistana chakra : le lieu de l’identité et de tous les schémas, conditionnements, mémoires qui nous isolent et nous relient, de la force créatrice, du plaisir dans la vie, mais aussi du refoulement, et de la froideur émotionnelle.
  • Chakra du ventre, manipura chakra :  lieu de notre  sociabilité, travail, de la force et du courage, de la confiance dans la vie, de l’enthousiasme, la purification, mais aussi le sentiment de supériorité, d’infériorité, de manque d’estime de soi, de difficulté à s’abandonner à la vie et l’irritabilité.
  • Chakra du coeur, anahata chakra est celui de l’Amour inconditionnel, tendresse, acceptation, guérison, compassion, énergie transformatrice, lien avec l’âme, la joie, la confiance, et la serviabilité; mais aussi du manque d’amour, sentiments négatifs, déception, séparation, rejet de la tendresse et de la douceur, dépendance affective, amour conditionnel, rigidité, froideur, et indifférence émotionnelle.
  • Chakra de la gorge, vishuddhi chakra, le lieu qui coordonne la circulation énergétique dans le corps, et apporte le calme, la facilité d’expression, la sincérité, la faculté d’exprimer sa créativité dans la vie mais aussi le sentiment d’insatisfaction, de frustration qui poussent à rechercher la satisfaction à l’extérieur. Dans cette situation, tous les pics émotionnels se manifestent : colère, haine, souffrance, anxiété, dépression, apathie…Tant que le chakra de la gorge n’a pas retrouvé son équilibre intérieur, les énergies subtiles entre la tête et le cœur sont privés de leur force nourricière et nous sommes incapables d’être à l’écoute profonde de nos sens et de notre affectivité authentique. Il y aura des difficulté à s’exprimer ou un langage grossier, brutal, le désir de sauver les apparences, caractère enjôleur, trompeur et manipulateur.
  • Chakra du 3e oeil ou ajna chakra : le lieu de la perception consciente, des forces mentales supérieures, des aptitudes intellectuelles, de la clairvoyance, clair-audience, intuition, visualisation, dépassement des limites de la pensée rationnelle, compréhension métaphysique du monde matériel, mais aussi de la critique des autres, le manque de vision, refus des connaissances humanistes, l’esprit vengeur, l’isolement, fausses croyances, illusion, vie dominée par des désirs matériels et des besoins physiques, distractions, pensées floues et confuses
  • Chakra coronal ou sahasrara chakra est le lieu la connaissance unifiée, la compréhension de langage symbolique, le lien avec l’Énergie Universelle, méditation, don de soi, harmonisation totale des chakras et fusion cosmique mais aussi de l’incertitude, du sentiment de vide, l’absence de sens dans la vie, peur de la mort, manque d’énergie, le refus de la connaissance du soi et de Soi

Dans le yoga, il y a une idée fondamentale qui est celle de la conscience universelle et  de la conscience personnelle (qui en réalité ne sont qu’une seule et même chose). Cette conscience est déposée dans la petite grotte de notre coeur, hridaya (qui est ni plus ni moins dans son énergie que la réception, l’alimentation et le mouvement du cycle cardiaque (sans lesquels la vie n’est pas possible). C’est la pure conscience (shiva) qui nous anime sous la forme de shakti (le monde des formes). Dans ce monde des formes et par la manière même de notre fonctionnement, à travers l’ego, le séparateur, le vizir qui se prend pour le calife, nous oublions cette  nature originelle pour nous identifier à une soi-disant personnalité qui, si vous l’analyser avec précision, s’avère être un agrégat de multiples contraires et multi couches de mémoires, de projections, de passés, de futurs, tous plus aléatoires les uns que autres et qui n’arrivent jamais à se réconcilier. Les sens étant les capteurs et le mental, celui qui va les trier par le prisme de la « personnalité »! Le yoga propose de faire la paix avec tout cela et de revenir à notre essence première, la conscience, le centre à partir duquel, nous pourrons faire l’expérience de la vie de manière moins chaotique. 

Les rasas sont tous d’une manière ou d’une autre liés à l’ego, il n’y a pas de pur rasa sauf peut-être celui de la paix. Cependant, cela ne nous empêche pas de les vivre et de les ressentir. Tout l’art de la vie, la vie et son impermanence, est de nous y fondre en pleine conscience, en conscience de ce qui est en train de se passer, sans projection et sans refus. Il faut savoir aussi que nous ne sommes pas seuls avec ces ressentis, tous les êtres humains vivent des expériences similaires, que tous sont soumis à la souffrance et que la violence ne résoudra jamais rien. Cela ne veut pas dire lorsque nous prenons conscience de cet état de fait que jamais nous ne serons dépassés par nos émotions car nous sommes humains, mais que petit à petit, les choses s’allègent et s’affinent. « Etre sur la voie du yoga » : deux mots : « voie » donc cheminement : les choses se transforment plus ou moins rapidement en soi et « yoga », aspiration à l’unité en quelque sorte l’objectif. L’autre point, cela ne signifie pas non plus que nous devons accepter n’importe quoi, mais que notre réponse doit être approprié.

Bibliographie : « The yoga of the Nine Emotions » Peter marchand ; yoga sutras de Patanjali  et inspiré d’une mantra sadhana avec André Riehl.

Rasa sadhana – La compréhension des émotions dans le yoga

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